analogies : le véhicule

Par exemple :


accordeur de piano à Auckland

"Le Baron Charles de Thierry, un aventurier français intéressant mais inefficace, s'installa sur plus de 300 hectares dans le Northland en 1837 en tant que Chef Souverain de Nouvelle Zélande (il fut plus tard obligé de devenir accordeur de piano à Auckland); il était décrit par des missionnaires protestants comme l'architecte d'un Empire maléfique."
Making Peoples, A History of the New Zealanders, From Polynesian Settlement to the End of the Nineteenth Century, James Belich (1996) p. 184


la chose authentique


"Je la plaçai dans toutes les positions imaginables, mais elle parvenait à oblitérer leurs différences. Elle était toujours une lady certainement, et dans l’affaire toujours la même lady. Elle était la chose authentique, mais toujours la même chose. Il y avait des moments où la sérénité de sa certitude qu’elle ETAIT bien la chose authentique m’oppressait. Toutes ses interactions avec moi, comme celles de son mari, impliquaient que c’était une chance pour MOI. Simultanément, je me retrouvai à essayer d’inventer des types qui s’approchaient du sien, au lieu de l’obliger à se transformer (…)"
La Chose authentique (1892), Henry James


jacquard

Une chaîne d’inventions techniques mène à l’ordinateur individuel, sur quoi la Seconde nature prend forme de texte et, par un écran, se montre.

 

Dans cette archéologie, Gondorla a un faible pour la séquence lyonnaise. Celle-ci fait chaînon entre les anciennes boîtes à musique et les apports des Anglais, comme la machine à différences de Charles Babbage (1791-1871) et celle d’Alan Turing (1912-1954).

 

Au dix-huitième siècle à Lyon, pour commander un métier à tisser, Basile Bouchon met au point les rubans perforés, puis Jean-Baptiste Falcon les cartes perforées. Ils sont suivis en 1801 par Joseph Marie Jacquard qui utilise ces cartes pour programmer sa propre machine semi-automatique destinée à la soierie.

 

Musique, tissu, texte : tout un programme, en somme.

 


bouddhisme

Gondorla n'a que la plus superficielle des connaissances du bouddhisme et de ses écoles.

En revanche, les simples notions de Petit Véhicule, ou de Grand Véhicule, sont matériaux de ses rêves.

 


quel cortège s'avance ?

'Who are these coming to the sacrifice ?

To what green altar, O mysterious priest,

Lead'st thou that eifer lowing at the skies

And all her silken flanks with garlands drest ?'

 

"Mais quel cortège s'avance au sacrifice ?

A quel autel verdoyant, ô prêtre mystérieux,

Mènes-tu cette génisse qui mugit vers le ciel

Et dont les flancs soyeux se parent de guirlandes?"

 

Ode on a Grecian Urn (Ode sur une urne grecque) (1819), John Keats (traduction française d'Albert Laffay)

 


transports en commun

Les transports en commun donnent accès à une mobilité qui peut être de grande ampleur. En même temps qu'ils donnent cette liberté, ils la restreignent par ses contraintes d'horaires, d'itinéraires, de capacité.

 

Ils mettent l'individuel en forme, ce qui est très bien, quand ce n'est pas la seule solution disponible.

 

Gondorla hésite à monter à bord des grands sujets pour leurs voyages organisés. Jadis, l'Académie veillait sur la hiérarchie des genres : la peinture allégorique et celle d'histoire dominaient la peinture de genre et le portrait, eux-mêmes supérieurs au paysage, lui-même plus digne que la nature morte. Naturellement, des ruses combinaient les genres pour les élever.

 

Les sujets académiques de la fiction aujourd'hui commandent le respect. Ainsi le devoir de mémoire (= hocher gravement la tête et bavarder à l'abri en brandissant des souvenirs que l'on n'a pas, longtemps après une catastrophe; accuser et intimider des braves gens; demander réparation pour une souffrance que l'on a pas connue).

 

L'ombre portée est si gigantesque qu'elle promet une indigestion de sens prédigéré. Ces deux genres relèvent pour l'essentiel du parasitisme de notoriété (comme d'ailleurs chaque fois que Gondorla cite une source prestigieuse.) Il est délicat d'apporter à ces sujets une valeur ajoutée, l'essentiel ayant déjà été parfaitement dit par les témoins directs et les chercheurs universitaires de première main.

 

S'ajoute l'extase devant soi, et l'urgence de rendre publics les micro-événements d'existences banales, l'effarement devant la vie hors de la bulle qui la protégerait de tout incident. Un hybride de cette extase consiste à situer ce pas-grand-chose dans des métropoles, des lieux sublimes, qui prêtent leur aura.

 

De tout cela, il résulte que Gondorla chérit le voyage individuel en mode mineur.

 


le char du corso

Les chars du corso avancent lentement, c'est à celui qui est le plus orné, le plus peuplé de beautés remarquables et éphémères. Les chars aiment l'accumulation d'éléments hétéroclites et périssables, comme les citrons de Menton (Alpes-Maritimes).

 

En somme, Gondorla toute entière est un corso, elle n'existe que par la succession de ses véhicules.

 

L'abrégé de vie célèbre le corso et d'autres festivités municipales. Lui-même est procession de toutes les figures anciennes de moi-même.

 

Le défilement d'images animées est décliné ad nauseam dans Boucles à propos de l'invention du cinéma.

 

 


la voiture

A raison, on peut dire pis que pendre de la voiture individuelle. Pourtant, pendant l'essentiel de l'histoire humaine, ceux qui avaient les moyens de monter à cheval dominaient/écrasaient dans nos contrées la masse de ceux qui allaient à pied.

 

Toutes ces voitures partout ont quand même du bon.

 

Gondorla aussi part quand elle veut, où elle veut, mais sans faire de bruit, ni asphyxier qui que ce soit : elle est tellement moderne.